LIBERATION

L’homme, un vieil de soixante-dix ans, ressemblant plus à un épouvantail qu’à un être humain ; recroquevillé sur lui-même, la mine morne tel un mort-vivant, racontait à sa petite fille la saga de ses nombreuses victoires acquises sur le champ de bataille.

Ils étaient assis sous un vieil olivier,  un jour d’été récalcitrant de chaleur et de torpeur. Il lui dévoilait, avec ferveur, son héroïsme qui n’avait pas d’égal. La petite fille- vu son jeune âge- ne semblait pas comprendre, mais prenait  plaisir à entendre  son «Baâzizi » contant ses histoires de baroud fascinantes car, en fait, il savait si bien conter et chanter comme un vrai troubadour de la place El f’na de Marrakech .Après un moment de rêve, elle lui demanda en tombant entre ses larges bras :

Dis-moi Baâzizi chéri pourquoi toutes ses batailles ?

Elle sentit son corps noueux se raidir contre elle et immédiatement il lui répondit :

C’était pour libérer le pays du joug de l’occupation étrangère ma douce colombe.

Ensuite, il embrassa sa filleule tendrement et enchaîna :

Et c’était aussi pour que tu puisses vivre en paix. Tiens ! je vais te montrer mon petit trésor.

Il farfouilla sous sa vieille Djellaba noir, finit par sortir un vieux portefeuille de cuir rouge, l’ouvrit avec précaution et étala devant elle les nombreuses médailles qu’il avait obtenues. Il prenait un air hautain et poursuivit avec véhémence :

Bien des hommes sont morts, bien des femmes aussi, et des enfants ; des centaines, des milliers… Ce sont tous des martyrs ; Moi, j’ai eu ça.

Il lui montra sa jambe de bois puis tomba dans un silence de cimetière. Sa jambe perdue lors d’une explosion de grenade, c’était le prix de la liberté. Après ce silence, ses yeux s’illuminèrent d’une lueur farouche. Il regarda sa filleule et d’un ton sérieux lui dit subitement :

Veux-tu me rendre service ma chérie ?

Avec plaisir Baâzizi. Que veux-tu de moi ?

Tu sais ma chère petite fille j’ai aidé le pays à reprendre sa liberté et sa dignité mais moi je suis encore sous le joug du despotisme. Alors il faudra que tu écrives-pour moi- une lettre de recommandation aux autorités.

La petite ne semblait pas comprendre ce que lui radotait son grand-père ; celui-ci, voyant de l’interrogation chez elle, lui expliquait :

Les autorités doivent m’aider à me libérer du joug de ta satanée grand-mère et de sa langue vénéneuse…

 


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